Quel animal n’a pas de sexe ?

Dans la nature, la plupart des espèces que nous croisons se divisent en mâles et femelles. Pourtant, certains animaux échappent complètement à cette logique binaire. La question « quel animal n’a pas de sexe » mérite une réponse nuancée, car aucun animal n’est totalement dépourvu de fonction sexuelle au sens biologique strict. Ce qui existe, en revanche, ce sont des espèces qui se passent de mâles, qui changent de sexe ou qui combinent les deux à la fois.

Reproduction asexuée chez les animaux : que signifie « ne pas avoir de sexe » ?

Quand on parle d’animal « sans sexe », on mélange souvent plusieurs réalités très différentes. Certaines espèces n’ont pas de sexes séparés. D’autres se reproduisent sans accouplement.

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La confusion vient du mot lui-même. En biologie, « sexe » désigne à la fois les organes reproducteurs, le mode de reproduction et la distinction mâle/femelle. Un animal peut produire des gamètes mâles et femelles en même temps. Un autre peut se reproduire sans fécondation. Aucun de ces cas ne correspond à une absence totale de sexualité, mais tous brouillent les catégories habituelles.

Trois grandes situations se distinguent :

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  • La parthénogenèse, où un ovule se développe sans avoir été fécondé par un spermatozoïde, donnant naissance à un individu viable.
  • L’hermaphrodisme, où un même individu possède à la fois des organes mâles et femelles, simultanément ou à différentes étapes de sa vie.
  • La reproduction clonale prolongée, où des populations entières se passent de mâles pendant de très longues périodes évolutives.

Méduse translucide flottant dans l'océan, animal asexué aux structures internes visibles sous l'eau

Rotifères bdelloïdes : des femelles sans mâles depuis des millions d’années

Parmi tous les exemples du règne animal, les rotifères bdelloïdes occupent une place à part. Ces minuscules invertébrés aquatiques vivent en populations exclusivement composées de femelles. Aucun mâle n’a jamais été observé dans ce groupe.

Leur reproduction fonctionne par parthénogenèse. Chaque femelle produit des œufs qui se développent sans fécondation. Les descendants sont des copies génétiques quasi identiques de la mère.

Ce qui rend ce cas remarquable, c’est la durée. La plupart des lignées asexuées finissent par disparaître au bout de quelques milliers d’années, car l’absence de brassage génétique les rend vulnérables aux parasites et aux changements d’environnement. Les rotifères bdelloïdes, eux, maintiennent ce mode de reproduction depuis des millions d’années. Leur génome a développé des mécanismes de réparation chromosomique et de recombinaison qui compensent partiellement l’absence de sexualité classique.

Dire qu’ils n’ont « pas de sexe » reste donc une simplification. Leur génome conserve des traces de mécanismes sexuels ancestraux, même si la reproduction elle-même ne passe plus par un mâle.

Hermaphrodisme et changement de sexe : quand la frontière mâle/femelle disparaît

Vous avez déjà observé un escargot ? Chaque individu possède à la fois des organes reproducteurs mâles et femelles. Lors de l’accouplement, les deux partenaires échangent leurs spermatozoïdes, puis chacun pond des œufs. L’escargot ne manque pas de sexe, il cumule les deux.

Ce type d’hermaphrodisme simultané se retrouve chez de nombreux invertébrés. Les vers de terre fonctionnent de la même manière. Chez les huîtres, le mécanisme est différent : un même individu peut changer de sexe au cours de sa vie, passant de mâle à femelle selon les saisons ou les conditions environnementales. On parle d’hermaphrodisme séquentiel.

Le cas des poissons-clowns

Le changement de sexe existe aussi chez certains poissons. Dans un groupe de poissons-clowns, la femelle dominante est la plus grosse. Si elle meurt, le mâle dominant se transforme en femelle pour prendre sa place. Ce processus, appelé protandrie, montre que le sexe n’est pas une donnée fixe chez toutes les espèces.

Hydre d'eau douce fixée à une plante aquatique, organisme à reproduction asexuée observé en macro

Parthénogenèse chez les insectes et reptiles : se reproduire sans mâle

La parthénogenèse ne concerne pas uniquement des organismes microscopiques. Des espèces bien connues y ont recours, parfois de façon facultative, parfois comme seul mode de reproduction.

Chez les abeilles, le mécanisme est intégré au fonctionnement normal de la colonie. La reine pond deux types d’œufs : les œufs fécondés donnent des femelles (ouvrières ou futures reines), tandis que les œufs non fécondés produisent des mâles, appelés faux-bourdons. Les mâles d’abeilles naissent donc sans père, issus d’un ovule non fécondé.

Chez certains phasmes, des populations entières se composent uniquement de femelles qui se reproduisent par parthénogenèse. Les mâles existent dans d’autres populations de la même espèce, mais ils ne sont pas nécessaires à la survie du groupe.

Des cas de parthénogenèse ont aussi été documentés chez des condors de Californie. Deux femelles en captivité ont produit des descendants viables sans contact avec un mâle, un phénomène rare chez les oiseaux.

Acariens oribates et daphnies : l’asexualité comme stratégie durable

Les rotifères bdelloïdes ne sont pas les seuls à maintenir une reproduction asexuée sur le long terme. Les acariens oribates, en particulier l’espèce Platynothrus peltifer, forment une autre lignée parthénogénétique ancienne. Leur diversité génétique se maintient grâce à des mutations, des éléments génétiques mobiles et des échanges de gènes avec d’autres organismes.

Les daphnies, de petits crustacés d’eau douce, illustrent une approche encore différente. Elles alternent entre reproduction clonale et reproduction sexuée selon les conditions du milieu. Quand l’environnement est stable, la parthénogenèse suffit. Quand les conditions se dégradent, la reproduction sexuée reprend pour augmenter la diversité génétique et les chances de survie.

Cette flexibilité montre que la frontière entre espèces sexuées et asexuées n’est pas toujours nette. Certaines populations de daphnies restent entièrement asexuées pendant de longues périodes sans que cela compromette leur viabilité.

  • Les rotifères bdelloïdes se passent de mâles depuis des millions d’années grâce à des mécanismes de réparation génomique.
  • Les acariens oribates maintiennent leur diversité génétique par des voies alternatives à la reproduction sexuée.
  • Les daphnies basculent entre clonage et sexualité selon la pression environnementale.

La question « quel animal n’a pas de sexe » n’a donc pas de réponse unique. Aucune espèce animale connue n’est totalement dépourvue de toute trace de sexualité dans son histoire évolutive. Ce qui existe, ce sont des stratégies de reproduction qui contournent, réduisent ou suppriment temporairement le recours à un partenaire. Le vivant, sur ce point, refuse les catégories trop simples.