Quelle est la génération la plus stressée ?

Les enquêtes sur le stress au travail et la santé mentale se multiplient depuis la fin de la pandémie de Covid-19. Leurs conclusions désignent souvent la génération Z comme la cohorte la plus touchée par l’anxiété, l’épuisement professionnel et la détresse émotionnelle.

Selon l’étude IPSOS BVA, 20 % des jeunes de la Gen Z déclarent avoir été tellement stressés qu’ils n’ont pas pu travailler pendant une période, contre environ une personne sur dix chez la génération de leurs parents. Une étude britannique post-pandémie a mesuré des niveaux d’épuisement professionnel déclarés atteignant 80 % chez les jeunes actifs de cette tranche d’âge. Ces chiffres frappent, mais la réponse dépend largement de ce qu’on mesure et de qui on interroge.

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Stress générationnel : des classements qui changent selon l’indicateur

Sur le terrain du burnout déclaré en milieu professionnel, la Gen Z arrive fréquemment en tête des classements. Le rapport Aflac WorkForces Report 2025 confirme cette tendance : les jeunes actifs nés après 1997 rapportent davantage d’épuisement que leurs aînés.

Une autre enquête, relayée par PR Newswire, aboutit à un résultat distinct : la Gen X atteint le niveau le plus élevé de burnout au moins modéré. Ces actifs, nés entre le milieu des années 1960 et le début des années 1980, cumulent souvent des responsabilités familiales lourdes, des postes d’encadrement et une proximité avec la retraite qui crée une pression financière spécifique.

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L’écart entre ces deux résultats tient aux protocoles. Un questionnaire centré sur l’anxiété quotidienne fait ressortir la Gen Z. Un protocole mesurant l’intensité clinique du burnout peut replacer la Gen X en première position. L’échantillon, la formulation des questions et le seuil retenu pour qualifier le stress modifient le classement final.

Groupe multigénérationnel en réunion montrant des signes de stress au travail, comparaison entre générations

Gen Z et millennials face au stress financier

Les millennials se situent parfois au même niveau de stress financier que la Gen Z, ce qui rend les comparaisons générationnelles moins nettes qu’elles n’y paraissent.

Inflation au moment de l’entrée sur le marché du travail, accès au logement difficile, endettement étudiant : les deux cohortes partagent un socle de contraintes économiques. Ce qui les sépare relève davantage de l’étape de vie que de l’étiquette générationnelle.

Un millennial de 35 ans avec un crédit immobilier et un enfant subit une pression financière structurellement différente de celle d’un diplômé de 24 ans en CDD. L’intensité déclarée peut être comparable, les mécanismes ne le sont pas. Le stress financier n’est pas réservé aux plus jeunes, même si ces derniers le formulent plus spontanément.

Solitude et santé mentale : un facteur sous-estimé chez les jeunes actifs

Les analyses concurrentes insistent sur l’éco-anxiété, la dépendance aux écrans ou l’épuisement professionnel. La solitude reste un facteur insuffisamment traité dans ces bilans.

Selon les données IPSOS, moins d’un étudiant sur deux estime que son état de santé mentale est satisfaisant. Les jeunes actifs urbains, connectés en permanence et entourés numériquement, déclarent un sentiment d’isolement profond.

Ce n’est pas une simple absence de contacts. Le décalage entre des interactions numériques (nombreuses, brèves, superficielles) et le besoin de liens stables alimente ce sentiment. Pour la Gen Z, la solitude agit comme un amplificateur des autres sources de stress : un jeune actif isolé absorbe moins bien la pression professionnelle ou financière qu’un salarié intégré dans un réseau de soutien.

Ce que les enquêtes peinent à capter

La plupart des sondages traitent la Gen Z comme un bloc homogène. Un lycéen de 16 ans, un étudiant de 21 ans et un salarié de 27 ans ne font pas face aux mêmes pressions.

Le stress scolaire lié aux examens et à l’orientation n’a rien de commun avec l’anxiété d’un premier emploi précaire. Les mobilisations lycéennes récentes révèlent un mal-être qui relève autant du système éducatif que d’un trait générationnel. Amalgamer ces situations sous l’étiquette « Gen Z stressée » produit un diagnostic trop imprécis pour orienter une réponse.

Pourquoi la Gen Z verbalise davantage son stress au travail

Un angle rarement pris en compte dans les comparaisons générationnelles concerne la propension à déclarer son mal-être. La Gen Z a grandi dans un environnement où le recours à la thérapie et la parole sur la santé mentale sont largement dé-stigmatisés. Cette ouverture biaise mécaniquement les résultats des sondages déclaratifs.

Un baby-boomer ou un membre de la Gen X peut vivre un niveau de stress objectivement comparable sans le nommer comme tel. Les normes culturelles autour de la santé mentale ont évolué :

  • La Gen Z a grandi avec un vocabulaire psychologique accessible (burnout, charge mentale, anxiété généralisée), ce qui facilite l’identification et la déclaration des symptômes
  • Les réseaux sociaux ont normalisé le témoignage personnel sur la souffrance psychique, créant un effet d’entraînement dans les réponses aux enquêtes
  • Les programmes de bien-être en entreprise ciblent prioritairement les jeunes recrues, renforçant l’idée que cette tranche d’âge est la plus vulnérable

Un taux de stress déclaré plus élevé ne signifie pas automatiquement un stress vécu plus intense. Il peut refléter une plus grande capacité à identifier et exprimer ses difficultés. Cette nuance disparaît presque toujours des titres qui proclament la Gen Z « génération la plus stressée ».

Comparer les générations sur le stress : les limites de l’exercice

Chaque génération traverse ses propres crises au moment de sa plus grande exposition. La Gen Z a connu les confinements pendant une période charnière de construction identitaire. Les millennials ont démarré leur carrière dans le sillage de la crise de 2008. La Gen X porte souvent une double charge familiale et professionnelle sans bénéficier de la même attention médiatique.

Les enquêtes mesurent un instantané, pas une trajectoire. La Gen Z apparaît aujourd’hui comme la plus stressée parce qu’elle est jeune, qu’elle traverse ses premières épreuves professionnelles et qu’elle en parle ouvertement. Dans dix ans, la génération Alpha occupera probablement cette place dans les sondages.

Le type de stress mesuré, le mode de collecte des données et la propension culturelle à déclarer sa souffrance modifient le résultat. Les données actuelles pointent vers la Gen Z sur le stress déclaré et l’anxiété, vers la Gen X sur le burnout clinique. Gen Z et millennials arrivent quasi à égalité sur le stress financier. Réduire le sujet à un palmarès générationnel, c’est passer à côté de ce que ces chiffres racontent sur l’état du travail et des liens sociaux.