On ouvre un Galaxy Z Fold sur le quai du métro pour afficher deux applications côte à côte. On replie le Motorola Razr dans la poche arrière d’un jean slim, on déplie une tablette de poche pour annoter un PDF en réunion. Ces gestes, encore marginaux il y a trois ans, se banalisent.
Les écrans pliables gagnent du terrain dans les habitudes technologiques, portés par des dalles OLED plus résistantes, des charnières affinées et un écosystème logiciel qui commence à suivre.
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Charnière et écran OLED : ce qui casse (et ce qui ne casse plus)
Le premier réflexe quand on manipule un smartphone pliable, c’est de tester la pliure. On appuie, on sent le léger creux au centre de la dalle, et on se demande combien de temps ça va tenir. Sur les premiers modèles commercialisés, la question était légitime : particules coincées sous l’écran, film protecteur qui se décollait, charnière qui prenait du jeu après quelques mois.
Les générations récentes ont corrigé le tir. Le verre ultra-mince (UTG) a remplacé les films polymères sur la plupart des modèles haut de gamme. Cette couche de verre, plus fine qu’une feuille de papier, offre un toucher proche d’un smartphone classique tout en conservant la flexibilité nécessaire au pliage. En dessous, des couches d’adhésifs souples et de polyimide absorbent les contraintes mécaniques répétées.
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La charnière reste le composant le plus sollicité. Samsung et Motorola utilisent des mécanismes à came qui répartissent la pression sur toute la largeur du pli. Le résultat concret : la marque de pliure reste perceptible sous certains angles d’éclairage, mais elle ne gêne plus la lecture ni la navigation tactile. Pour un usage quotidien (appels, navigation, vidéo, messagerie), la fiabilité mécanique n’est plus un frein réel à l’achat.

Motorola et Samsung sur le marché des pliables : qui progresse, qui stagne
Samsung a longtemps dominé le segment avec ses gammes Galaxy Z Fold et Galaxy Z Flip. La marque coréenne a imposé le format livre (Fold) et le format clapet (Flip) comme les deux standards du marché. Mais la dynamique commerciale évolue.
Motorola a enregistré une progression notable en Amérique du Nord, avec une hausse de 28 % de ses expéditions de pliables en 2025 selon Counterpoint Research. La marque a atteint 44 % de part de marché régionale, un chiffre qui reflète le succès du Razr et de ses déclinaisons plus accessibles en prix. Ce basculement montre que le marché des pliables ne se résume plus à Samsung.
Apple, de son côté, n’a toujours pas commercialisé d’iPhone pliable. Les rumeurs circulent depuis des années, mais aucun produit concret n’a été annoncé. Cette absence laisse un espace que Motorola, Huawei et d’autres constructeurs occupent progressivement.
Réparabilité des smartphones pliables : ce que change la réglementation européenne
On achète un pliable, on le fait tomber, l’écran interne se fissure. Et là, la facture de réparation douche l’enthousiasme. La charnière, l’écran flexible et la structure en deux parties compliquent les interventions techniques. Le coût de remplacement d’un écran interne pliable dépasse largement celui d’une dalle classique.
Depuis le 20 juin 2025, une évolution réglementaire européenne change la donne. Les smartphones vendus dans l’Union européenne doivent désormais afficher une classe de réparabilité allant de A à E, donner accès aux informations de réparation et publier les prix indicatifs des pièces détachées. Pour les pliables, cette obligation met en lumière un point faible structurel : la complexité de la réparation.
L’application de ces règles reste toutefois partielle. Une enquête menée par iFixit et Right to Repair Europe, publiée en 2026, estime qu’environ 80 % des modèles de smartphones lancés depuis juin 2025 ne respectent pas certaines obligations d’information sur la réparation. Les fabricants de pliables ne font pas exception.
Concrètement, avant d’acheter un smartphone pliable en Europe, on peut vérifier plusieurs points :
- La classe de réparabilité affichée (A étant la meilleure, E la plus contraignante pour l’utilisateur)
- La disponibilité annoncée des pièces détachées, en particulier l’écran interne et la charnière
- Le prix indicatif du remplacement de l’écran flexible, souvent le poste le plus coûteux
Ces informations, quand elles sont effectivement publiées, permettent de comparer un pliable à un smartphone classique sur un critère longtemps ignoré.

Applications et multitâche sur écran pliable : l’adaptation logicielle suit
Un grand écran ne sert à rien si les applications ne s’y adaptent pas. C’était le reproche principal adressé aux premiers pliables : on dépliait un écran de la taille d’une petite tablette, et l’application s’étirait comme sur un smartphone classique, avec des marges absurdes ou une interface déformée.
Android a progressivement intégré des API dédiées aux écrans pliables. Le mode Flex, qui détecte l’angle de pliure, permet à certaines applications d’afficher une vue active en haut et des contrôles en bas. En visioconférence, par exemple, on pose le téléphone à demi-plié sur une table : la caméra cadre le visage en haut, les commandes restent accessibles en bas. Plus besoin de trépied.
Le vrai gain du pliable se mesure en multitâche. Afficher un tableur et une messagerie côte à côte, glisser une image d’une application vers une autre, consulter une carte tout en répondant à un message : ces usages, naturels sur un ordinateur, deviennent fluides sur un écran déplié de grande taille.
La limite varie selon les constructeurs et les surcouches logicielles. Certaines applications tierces ne gèrent toujours pas correctement la transition plié/déplié, ce qui provoque un rechargement de la page ou une perte de contexte. L’expérience s’améliore à chaque mise à jour, mais toutes les applications ne sont pas encore optimisées pour le format pliable.
Prix des smartphones pliables : un segment encore positionné haut
Le frein le plus concret reste le prix. Les modèles phares (Samsung Galaxy Z Fold, Motorola Razr Ultra) se positionnent dans la tranche haute du marché, au niveau des iPhone Pro Max ou des Galaxy S Ultra. On paye la charnière, l’écran supplémentaire et la complexité d’assemblage.
Des modèles plus accessibles apparaissent, notamment chez Motorola avec des déclinaisons du Razr à prix réduit. La tendance va vers une diversification de la gamme, mais le pliable d’entrée de gamme fiable n’existe pas encore vraiment.
Les écrans pliables s’installent dans les habitudes, à un rythme que dicte autant la baisse des prix que la maturité des composants. La prochaine étape passe par la réparabilité effective et la transparence tarifaire sur les pièces, deux conditions pour que le pliable devienne un choix durable, pas seulement un choix technologique.

