Le tricot chez les jeunes adultes gagne en visibilité depuis quelques années, mais les données disponibles dessinent un tableau plus nuancé qu’un simple effet de mode. Selon une analyse fondée sur l’enquête Seikatsu Teiten de Hakuhodo, la part des personnes déclarant pratiquer souvent le tricot ou les loisirs créatifs atteignait 5,2 % en 2024, en baisse par rapport à 2022. Il faut donc distinguer ce qui relève d’un renouvellement des publics et ce qui relève d’une hausse réelle.
Requêtes en ligne et pratique déclarée : deux courbes qui divergent
L’écart entre la visibilité numérique du tricot et sa pratique effective constitue le point de départ de toute analyse sérieuse. Une étude de données de recherche réalisée par VALUES montre que les requêtes liées au tricot chez les 10-29 ans ont presque triplé entre janvier 2024 et janvier 2025. Cette progression ne suit pas la saisonnalité hivernale classique observée chez les générations plus âgées.
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L’enquête Hakuhodo, elle, indique un niveau de pratique nettement inférieur à celui des années 1990. Les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose : chercher « tricot débutant » sur un moteur de recherche ne signifie pas acheter des aiguilles.
| Indicateur | Source | Tendance récente |
|---|---|---|
| Requêtes tricot chez les 10-29 ans | VALUES (analyse Research Nicoxz) | Quasi triplement entre janv. 2024 et janv. 2025 |
| Part de pratiquants réguliers (tous âges) | Hakuhodo, enquête Seikatsu Teiten 2024 | 5,2 % en 2024, en baisse par rapport à 2022 |
| Ventes de laine (enseigne spécialisée) | Au Bonheur des Dames (cité par Research Nicoxz) | Forte progression en 2025 vs 2023 |
| Ventes loisirs créatifs (enseigne généraliste) | Cultura (citée par Research Nicoxz) | Hausse significative récente |
Ce tableau met en lumière un paradoxe : la demande commerciale progresse alors que la pratique régulière stagne ou recule. L’explication probable tient au profil des acheteurs : des débutants qui consomment du matériel sans devenir des pratiquants assidus.
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Réseaux sociaux et tricot : un moteur de curiosité plus que de fidélisation
L’analyse de VALUES associe la hausse des recherches chez les jeunes adultes aux réseaux sociaux et au fan engagement. TikTok et Instagram fonctionnent comme des vitrines où le tricot devient un contenu visuel satisfaisant, entre vidéos ASMR de mailles qui glissent et tutoriels accélérés.
La mécanique est connue : un format court génère de l’intérêt, mais pas nécessairement un apprentissage durable. Le tricot exige de la répétition, de la patience, et une tolérance à l’erreur que les formats de quelques secondes ne montrent pas. La visibilité sur les réseaux sociaux alimente un cycle d’initiation rapide, où beaucoup essaient sans persévérer au-delà de quelques semaines.
Les enseignes l’ont compris. Au Bonheur des Dames et Cultura enregistrent des progressions de ventes qui dépassent un simple pic saisonnier. Les kits pour débutants, les pelotes prêtes à l’emploi et les aiguilles ergonomiques ciblent précisément ce public de néophytes motivés par une vidéo virale.
Cafés tricot et ateliers en France : la dimension sociale du phénomène
En Provence, des lieux comme Le Chat qui tricote à Aix-en-Provence, Le Fil en Trop près du cours Julien à Marseille ou Kakapo boulevard de la Libération à Marseille organisent des rendez-vous réguliers. Ces espaces ne vendent pas seulement de la laine : ils proposent un cadre collectif où tricoter devient une activité sociale.
Ce point distingue la tendance actuelle de la pratique domestique et solitaire des décennies précédentes. Les jeunes adultes qui poussent la porte d’un café tricot cherchent trois choses :
- Un apprentissage encadré par des pairs ou des animateurs, plus accessible qu’un tutoriel vidéo quand on bloque sur un point technique
- Un espace de sociabilité déconnecté des écrans, où la conversation accompagne le geste manuel
- Une activité compatible avec une démarche éthique, le fait-main permettant de choisir ses matières et de produire des pièces durables
Le tricot en atelier répond à un besoin de lien social autant qu’à un intérêt pour le fait-main. Cette dimension collective explique en partie pourquoi le phénomène résiste au-delà de l’effet de mode numérique, au moins dans les villes où ces lieux existent.

Réglementation textile en Europe : un contexte qui peut renforcer l’intérêt pour le fait-main
La révision de la directive-cadre européenne sur les déchets intègre désormais le textile dans les obligations de responsabilité élargie des producteurs (REP). La France applique déjà un système de REP textile. Plusieurs pays européens doivent mettre en place le leur d’ici la fin de la décennie.
Ce cadre réglementaire renchérit progressivement le coût de la fast fashion en internalisant les coûts environnementaux. Pour un jeune adulte sensibilisé à ces questions, tricoter ses propres vêtements devient un geste cohérent avec les contraintes réglementaires à venir.
La connexion entre réglementation et pratique artisanale reste indirecte. Personne ne tricote un pull parce qu’une directive européenne l’y incite. Mais le discours ambiant sur la durabilité textile, alimenté par ces évolutions législatives, crée un terreau favorable. Les ateliers et boutiques spécialisées utilisent d’ailleurs cet argument éthique dans leur communication.
Ce que les ventes disent de la tendance tricot en France
Les données commerciales restent le marqueur le plus fiable. Au Bonheur des Dames signale une forte progression de ses ventes de laine en 2025 par rapport à 2023. Cultura, enseigne généraliste de loisirs créatifs, observe une hausse significative sur la même période.
Ces progressions confirment que la tendance dépasse le seul bruit numérique. La demande commerciale en magasin valide un passage à l’acte d’achat que les seules vues TikTok ne garantissent pas.
Le tricot chez les jeunes adultes en France combine une visibilité en ligne démultipliée, une offre commerciale qui s’adapte vite et des lieux physiques qui ancrent la pratique dans le réel. La pratique régulière reste minoritaire à l’échelle de la population. Le renouvellement du public est réel, sa massification ne l’est pas encore.

